• JEAN TOURET

    "RÉSURRECTION"

    31 mars - 30 avril

  • ACHETER LE LIVRE L’ÉTONNANT MONSIEUR TOURET Il ne faisait rien comme les autres. Ne pensait qu’à travailler de ses mains...

    Jean Touret à la Pipe, c. 1950

     

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    L’ÉTONNANT MONSIEUR TOURET

    Il ne faisait rien comme les autres. Ne pensait qu’à travailler de ses mains en temps d’industrialisation galopante. Avait appris la peinture mais s’exprimait par la sculpture. Sculptait sans cesse mais ne vendait pas ses œuvres. Jean Touret (1916-2004) est passé à la postérité en tant que créateur et directeur artistique, dans les années 1950, des ateliers de Marolles. Cette coopérative d’artisans fabriquait un mobilier aux formes pures qui s’arrache aujourd’hui sur le marché du design. Il est aussi connu pour avoir réalisé, avec son fils Sébastien Touret, le maître autel monumental en bronze installé en 1981 dans le chœur de la cathédrale Notre Dame de Paris.  On découvre à la galerie Yves Gastou un quasi-inconnu : Jean Touret le sculpteur. À la fin de sa vie, l’artiste craignait que ces œuvres, de bois et de métal, réalisées avec tant de passion au cours de son existence, sombrent dans l’oubli.

  • Sa maison regorgeait de grandes silhouettes pensives et énigmatiques taillées dans des troncs d’arbre, de panneaux de bois peuplés de personnages en bas-relief, d’autres panneaux, en zinc ou en cuivre, embossés et incisés, où se déchiffrent danseurs, musiciens et d’innombrables nus féminins. Toutes ces sculptures, il les avait rarement exposées et n’en avait jamais vendu une. Dans leur message comme dans leur réalisation, elles se révèlent aujourd’hui d’une acuité troublante. Dans les temps bouleversés de l’après la Seconde Guerre Mondiale, Jean Touret voulait transmettre à travers elles sa foi en la beauté. Pour lui, elle était une valeur exacte, réconfortante, depuis la création du monde. Ce mystique avait découvert émerveillé les œuvres d’art de des grotte de Lascaux et Chauvet. Consciemment ou pas, il usait dans ses sculptures des mêmes techniques que les artistes du magdalénien, qui utilisaient les creux et bosses de la roche pour donner un troublant relief à leurs corps de femmes ou animaux gravés. Lui  se servait des nœuds du bois et des reliefs du métal embossé pour conférer la vie et le mouvement. Il voulait que ses sculptures soient prophétiques, annonciatrices du retour de la joie puisque témoignages d’une harmonie éternelle. Ces sculptures, il n’avait pas su les promouvoir, trop occupé à les créer.

  • LE FEU SACRÉ Pour pouvoir les sculpter pourtant, il lui avait fallu le feu sacré. D’abord pour devenir artiste, lui...

    LE GROUPE FONDATEUR

    De gauche à droite : Émile Leroy, Manuel Gold, Henri Vion, Jean Touret et Edmond Le Flohic (circa 1950)

    LE FEU SACRÉ

    Pour pouvoir les sculpter pourtant, il lui avait fallu le feu sacré. D’abord pour devenir artiste, lui qui était né dans une famille de tanneurs de Mayenne sans aucun lien avec l’art. Obligé de travailler dans une compagnie d’assurance au Mans pour aider sa mère après la mort de son père, il trouve le moyen d’étudier le dessin et la peinture en cours du soir. Il a déjà compris qu’il a un talent à exploiter. Mais vient la guerre. Enrôlé à 23 ans, juste après son service militaire, il est fait prisonnier à la bataille de Dunkerque. On l’envoie en Allemagne, dans les Monts Métallifères, aider les vieux bûcherons dons les fils sont partis mourir au front. Pétri d’une grande humanité, Jean Touret, sans aucune haine revancharde, admire leur simplicité, leur relation avec la nature, leur connaissance de la forêt. Il apprend avec eux à regarder et aimer les arbres. Il réussit à s’évader en 1945 et rejoint les lignes américaine à pied, équipé d’une carte et d’une boussole. De retour chez lui, conscient de la fragilité de la vie, il est bien décidé à vouer son existence à l’art, même si sa mère menace de le maudire. Sa détermination est aussi forte que son énergie vitale. 

    Il s’installe à Marolles,  petit village de la Beauce, pour peindre. Il aide les paysans à la moisson, noue des amitiés au café-tabac. Ce néo-rural avant l’heure, avec ses lunettes, sa pipe et sa bicyclette, change la vie de ce coin de France qui s’engourdit en marge de la modernisation. Jean Touret rencontre le vannier, le ferronnier, le menuisier et leurs savoir-faire le fascinent. Il trouve qu’il n’y a rien de plus noble que travailler de ses mains un matériau ancestral. Il lance les ateliers de Marolles, dont il dessine les modèles de tables, de lampes ou de buffets, fabriqués par les artisans du village et des alentours. Ils font sensation, un vrai phénomène de société. Artistes et intellectuels se pressent à Marolles. Mais pour Jean Touret, l’essentiel est ailleurs : il commence à sculpter le bois, et c’est une révélation.

  • UN HYMNE À LA VIE Il met dans ses sculpture sa fougue artistique comme sa quête spirituelle. Très croyant, il...

    UN HYMNE À LA VIE

    Il met dans ses sculpture sa fougue artistique comme sa quête spirituelle. Très croyant, il se sent proche de Saint François d’Assise, religieux du Moyen Âge qui prônait la pauvreté dans la joie et célébrait la nature. Il travaille des matériaux de récupération, si nombreux après les destructions de la guerre, poutres de bois, puis morceaux de métal, son second medium de prédilection depuis son installation, en 1963 dans un autre village des environs de Blois, Les Montils. Comme il avait égayé Marolles, non seulement avec les Ateliers mais aussi avec des marionnettes fabriquées pour un spectacle ou un char de carnaval en forme de mammouth, il met de l’âme dans ces lieux assoupis. On peut encore observer les enseignes en métal qu’il fabriqua pour des commerçants ; des girouettes nées de sa main animent les toits. Il accueille chez lui tous ceux qui le veulent, y compris les romanichels, les sans domiciles fixe ou les personnes souffrant de troubles psychiques, pour de longues discussions sur l’humanité et la spiritualité.  Il sculpte dehors, par tous les temps, mais tire ses revenus de la fabrication de mobilier d’église. Un certain Jean-Marie Lustiger, futur archevêque de Paris, apprécie son travail, sa foi, sa personnalité intègre et hors-normes. Il lui commande le maître autel de la cathédrale de Paris. Jean Touret, le discret, n’a jamais fait les choses à moitié : en voulant créer des meubles d’artisans il fait entrer Marolles dans l’histoire du design ; son mobilier liturgique le mène à Notre Dame. Son parcours de sculpteur est demeuré discret mais pas moins intense. Il se révèle avec « Résurrection ».